Fini les fautes de traduction : comment s’appellent les Disney en anglais ?

| Film (VF) | Titre Original (VO) | Secret de traduction |
| Cendrillon | Cinderella | Étymologie française : Cinder (la cendre). |
| Belle au bois dormant | Sleeping Beauty | La VF garde la poésie du conte, la VO est minimaliste. |
| Livre de la Jungle | The Jungle Book | Noms en Hindi : Baloo (Ours), Hathi (Éléphant). |
| La Petite Sirène | The Little Mermaid | Mermaid (fille de la mer) vs Sirène (mythe grec). |
| La Belle et la Bête | Beauty and the Beast | Passage du concept abstrait (VO) à l’humain (VF). |
| Le Roi Lion | The Lion King | Noms en Swahili : Simba (Lion), Rafiki (Ami). |
| Toy Story | Toy Story | Titre conservé en France, mais Buzz Lightyear devient l’Éclair. |
| La Reine des Neiges | Frozen | Marketing : Titre neutre en VO pour attirer les garçons. |
| Raiponce | Tangled | La France privilégie le conte, les USA l’action (Emmêlés). |
| Vaiana | Moana | Changement juridique : Moana était déjà une marque déposée. |
Aaah les Disney… Mickey, son château, son univers aussi magique que passionnant… Mais pas que ! Si, comme moi, vous êtes né dans les années 1990, alors vous avez probablement grandi avec les VHS de vos héros préférés (et aussi sûrement pleuré pour avoir la dernière peluche Toy Story de l’époque).
Alors rangez vos mouchoirs, car je vous emmène de l’autre côté de l’océan pour découvrir le nom des Disney en anglais.
L’Âge d’Or et les débuts de l’animation
Tout a commencé par un pari fou, celui d’un homme que l’on disait visionnaire ou totalement inconscient. À la fin des années 30, personne ne croyait qu’un public pourrait rester assis plus d’une heure devant un dessin animé.
C’est pourtant là, dans cette période de tâtonnements techniques et de dessins faits main, que Disney a posé les bases de ce qu’on appelle aujourd’hui la magie cinématographique.
On plonge ici dans l’époque des pionniers, où chaque image était un défi et où des titres comme Snow White ont radicalement changé notre façon de raconter des histoires.
Snow White and the Seven Dwarfs (Blanche-Neige et les Sept Nains)

La première page du livre Disney s’ouvre en 1937. Si le titre français est une traduction littérale, il est intéressant de noter que le nom original, Snow White, place l’adjectif après le nom (une structure poétique ancienne en anglais). En français, on a naturellement inversé pour « Blanche-Neige ».
Le vrai défi linguistique de l’époque résidait dans le nom des nains : il fallait que chaque adjectif (Dopey, Grumpy, Sleepy…) devienne un nom propre crédible. C’est ainsi que l’anglais Dopey (un peu « à l’ouest » ou « abruti ») est devenu le très affectueux Simplet, un choix de traduction brillant qui a évité une connotation trop péjorative tout en conservant l’essence du personnage.
Cinderella (Cendrillon)

Le nom Cinderella est un parfait exemple de « mot-valise » hérité du français. Il vient de Cinder (la cendre) et du suffixe Ella. Disney a repris l’étymologie du conte de Perrault, mais pour le public anglophone, le nom sonne presque comme un prénom chic, alors qu’en français, Cendrillon évoque immédiatement la souillure de l’âtre et le statut social de l’héroïne.
C’est l’un des rares cas où la traduction est si fluide qu’on en oublierait presque que le personnage ne s’appelle pas vraiment ainsi dans l’histoire, mais qu’il s’agit d’un surnom moqueur donné par ses sœurs.
Sleeping Beauty (La Belle au bois dormant)

Ici, on voit une vraie divergence de style. Le titre anglais Sleeping Beauty est ultra-minimaliste : une beauté qui dort. C’est efficace, presque marketing avant l’heure. La version française, La Belle au bois dormant, conserve toute la lourdeur poétique du conte original.
Un détail qui échappe souvent aux francophones : l’héroïne s’appelle Princess Aurora. En anglais, le titre ne mentionne jamais son nom, préférant l’aspect descriptif. À l’inverse, dans le langage courant en France, on utilise souvent le titre complet du film pour désigner le personnage, là où un Américain dira simplement « Aurora ».
The Jungle Book (Le Livre de la Jungle)

C’est le dernier film supervisé par Walt Disney avant sa mort, et il marque la fin d’un cycle. Le titre est une traduction fidèle du recueil de Rudyard Kipling. Ce qui est fascinant ici, c’est que les noms de personnages ne sont pas traduits car ils sont tirés du hindi.
Baloo signifie tout simplement « Ours » et Hathi signifie « Éléphant ». En gardant ces noms tels quels en anglais comme en français, Disney a conservé cette part d’exotisme et de mystère. La seule nuance vient du titre : là où l’anglais évoque un recueil de récits (The Book), le français y voit une dimension presque légendaire avec l’article défini « Le ».
La Renaissance Disney : Le second souffle
Après le décès de Walt, les studios ont traversé une zone de turbulences, une sorte de traversée du désert où l’inspiration semblait s’essouffler. Mais à la fin des années 80, une étincelle a tout rallumé.
En mélangeant l’héritage des contes européens avec les codes ultra-efficaces de la comédie musicale de Broadway, Disney a réussi à créer une série de blockbusters qui ont marqué toute une génération.
The Little Mermaid (La Petite Sirène)

Ici, on est sur une traduction littérale. Le mot anglais Mermaid est d’ailleurs plus précis que notre « Sirène », car il vient du vieil anglais mere (mer) et maid (jeune fille).
Le vrai sujet linguistique du film, c’est Sebastian (Sébastien). Dans la version originale, il a un accent jamaïcain marqué, ce qui donne une saveur particulière à ses chansons. En français, cet accent a été gommé au profit d’une voix plus théâtrale, changeant radicalement la perception « culturelle » du personnage d’une langue à l’autre.
Beauty and the Beast (La Belle et la Bête)

C’est le titre miroir par excellence. En anglais, l’absence d’articles devant les noms (Beauty and Beast) transforme les personnages en concepts abstraits, presque comme une fable philosophique. En français, l’ajout des articles ( « La ») humanise immédiatement les protagonistes.
Un détail amusant : en anglais, le personnage de Lumière garde son nom français et son accent « frenchy » pour renforcer le cliché du romantisme et de la gastronomie. Pour nous, c’est juste un nom commun, mais pour un Américain, entendre « Lumiere » évoque immédiatement le luxe et le raffinement européen.
The Lion King (Le Roi Lion)

Encore un titre miroir, mais avec une nuance de noblesse. En anglais, The Lion King sonne de manière très territoriale. En français, l’inversion et la sonorité de « Roi Lion » ont un côté presque de titre de noblesse ancien.
Le vrai travail d’orfèvre a été fait sur les noms des personnages, qui ne sont pas traduits car ils sont en swahili. Simba signifie « lion », Nala signifie « cadeau », et Rafiki veut dire « ami ». Disney a ici utilisé la langue comme un outil d’immersion totale, créant un lexique africain devenu universel.
Toy Story (Histoire de jouets)

Eh oui, Toy Story ne se traduit pas (et encore moins par Histoire de jouets 😉). C’est le premier film où la France a décidé de ne pas traduire le titre original, pariant sur le côté « cool » de l’anglais.
Pourtant, derrière ce titre conservé, les traducteurs ont dû faire preuve d’imagination pour les noms. Buzz Lightyear aurait pu être « Buzz l’Année Lumière » (trop long), alors ils ont opté pour Buzz l’Éclair, un coup de génie marketing. À l’inverse, Slinky, le chien à ressort, a été renommé Zig-Zag pour coller à son mouvement, prouvant que traduire, c’est parfois totalement réinventer.
L’ère moderne : La révolution de l’image de synthèse
On change de monde. Fini le papier et les cellulos qui s’empilent : Disney range ses pinceaux pour passer au tout-numérique. Mais au-delà du choc technologique, c’est surtout la manière de raconter qui a pris un sacré coup de jeune…
Frozen (La Reine des Neiges)

C’est le cas le plus fascinant. En VO, Disney a abandonné le nom du conte de tradition (The Snow Queen) pour un simple adjectif : Frozen (Gelé). Pourquoi ? Pour que le film ne semble pas réservé qu’aux petites filles et attire aussi les garçons.
En France, nous sommes restés très traditionnels avec La Reine des Neiges, car le public français est très attaché aux titres de contes classiques. C’est un vrai choc culturel entre le marketing moderne américain et le romantisme européen.
Tangled (Raiponce)

C’est sans doute le cas de traduction le plus « politique » du studio. Au départ, le film devait s’appeler Rapunzel, du nom du conte des frères Grimm. Mais après le succès en demi-teinte de La Princesse et la Grenouille, Disney a paniqué : ils avaient peur que les petits garçons boudent le film s’il portait un nom de princesse.
Résultat ? Ils ont opté pour Tangled (littéralement « Emmêlés »), un adjectif qui met l’accent sur l’action et le duo comique plutôt que sur l’héroïne seule. En France, nous avons totalement ignoré cette stratégie marketing en gardant Raiponce. Pour le public francophone, le nom du personnage est si ancré dans l’imaginaire collectif qu’un titre abstrait comme « Emmêlés » n’aurait eu aucun sens. C’est un exemple parfait où la tradition culturelle européenne a pris le dessus sur le marketing hollywoodien.
Moana (Vaiana, la légende du bout du monde)

Ici, la traduction n’est pas linguistique, elle est juridique. Si en anglais elle s’appelle Moana (qui signifie « Océan » en maori), elle a dû devenir Vaiana (« Eau de roche » en tahitien) dans la plupart des pays d’Europe.
La raison ? Le nom « Moana » était déjà déposé comme marque par une société de parfums ou de vêtements dans plusieurs pays. C’est un exemple rare où le titre d’un film change d’un continent à l’autre pour des raisons de business, tout en restant dans le même champ lexical de l’eau.
